Éducation permanente ou populaire ? Démocratie culturelle ou démocratisation de la culture ? Pour éclairer ces concepts, nous avons rassemblé des définitions variées et situées.

Pour Christian Maurel, sociologue français de la culture et de l’éducation populaire politique et docteur de l’EHESS, l’éducation populaire, « c’est le travail de la culture dans la transformation sociale et politique » autrement dit : « la dimension culturelle du mouvement social qui transforme une puissance de soumission en une puissance d’action » (Maurel C. Éducation populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation. L’Harmattan, 2010).

A l’origine, le terme « éducation populaire » est commun à l’histoire française et belge. Après son indépendance, la Belgique, état–nation, développe sa propre vision de l’éducation populaire, qui évolue vers l’éducation permanente.

Après la 1re première réforme de l’État belge (1970), le premier Décret de 1976 relatif à l’Éducation permanente institue, pour le secteur et les politiques culturelles de la Communauté française, une définition commune, dans son article Ier.

Article 1er. – § 1er. Le présent décret a pour objet le développement de l’action d’éducation permanente dans le champ de la vie associative visant l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l’exercice des droits civils et politiques, sociaux, économiques, culturels et environnementaux dans une perspective d’émancipation individuelle et collective des publics en privilégiant la participation active des publics visés et l’expression culturelle.

§2. Cet objet est assuré par le soutien aux associations qui ont pour objectif de favoriser et de développer, principalement chez les adultes :
a) une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société ;
b) des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation ;
c) des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique.

§3. La démarche des associations visées par le présent décret s’inscrit dans une perspective d’égalité et de progrès social, en vue de construire une société plus juste, plus démocratique et plus solidaire qui favorise la rencontre entre les cultures par le développement d’une citoyenneté active et critique et de la démocratie culturelle.

« La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».
UNESCO. Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles. Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet – 6 août 1982.

L’éducation permanente est une action culturelle ; elle s’inscrit dans le champ de la culture au sens large du terme. Du fait que l’action d’éducation permanente entend transformer la société, elle est un travail (socio)culturel : elle joue sur les représentations du monde, son intelligibilité et la manière dont il se construit.

Au début des années 70 émergent le concept de démocratie culturelle et le débat qui l’oppose à celui de démocratisation de la culture.

Jean–Pierre Nossent (IHOES, Émergence de la notion de démocratie culturelle et gestion de la diversité culturelle et idéologique belge) développe la démocratie culturelle comme ceci : « Dans la perspective que trace la notion de démocratie culturelle, il s’agit surtout de soutenir et de renforcer l’expression et l’identité des personnes et groupes sociaux, et déjà alors, des communautés immigrées de l’époque comme condition et étape de l’ouverture à d’autres cultures. Il s’agit moins d’égalité des chances, de consommer de la culture ou d’accéder aux œuvres, que d’égalisation de chance de chacun de participer à la création et au développement de la culture en mouvement. »

Jacqueline Fastres et Jean Blairon (« La démocratie culturelle aujourd’hui, pour quoi faire ? », Intermag.be, RTA asbl, mars 2021) se réfèrent à Marcel Hicter, haut fonctionnaire de l’Inspection de la culture et reconnu comme le créateur de la démocratie culturelle : « Pour lui, le financement de la culture devait cesser de se penser dans la logique de la démocratisation où est privilégié l’accès de consommateurs « éloignés de la culture » aux œuvres réalisées par d’autres (sans que cet accès ait d’ailleurs jamais été réellement obtenu). La démocratie culturelle correspond à une optique tout à fait différente, en ce qu’elle reconnaît chacun comme créateur, en ce qu’elle n’enferme pas la création exclusivement dans la pratique esthétique, en ce qu’elle est porteuse de ruptures par rapport à l’état de choses et ce dans tous les domaines de la vie. »

Pour résumer, Marcel Hicter définit la démocratie culturelle comme « la culture pour chacun et avec chacun dans une optique de développement de tous ».

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