L’éducation permanente en Belgique francophone naît de l’éducation populaire, issue de deux grands mouvements :

  • la Révolution française de 1789, qui proclame les droits civils et politiques ;
  • la révolution industrielle du XIXe siècle et ce qu’elle induit comme luttes ouvrières face aux transformations sociales et la misère qui touche la majorité de la population.

En parallèle de la construction des régimes parlementaires modernes, l’histoire de l’éducation populaire porte la conquête de nouveaux droits : suffrage universel et ses élargissements, droit à l’instruction, droits sociaux (journée de 8h, congés payés, sécurité sociale après 1945), reconnaissance progressive des droits culturels, etc.

Les premières étapes en Belgique (tournant du XXe siècle)

À la fin du XIXe siècle, les mouvements ouvriers se structurent par le biais d’organisations ouvrières, de mutuelles, de syndicats et de coopératives (souvent en clandestinité d’abord). Ils pratiquent l’éducation ouvrière ou populaire pour informer, former et amener les travailleurs et les travailleuses à penser et construire des droits fondamentaux, dans une perspective d’élévation intellectuelle, morale et matérielle. L’éducation populaire sert aussi à former les cadres de ces organisations. Si l’éducation populaire est présente sur les lieux de travail, le combat pour la réduction collective du temps de travail est à la fois porté par l’éducation populaire et est un facteur important pour son développement : grâce à ce temps libéré, la classe ouvrière peut se reposer, jouir des loisirs et se construire une conscience politique.

L’éducation populaire est alors essentiellement portée par le mouvement ouvrier (mouvements socialiste et chrétien) et d’autres organisations (organisations anarchistes, universités populaires, organisations catholiques ou laïques), sans soutien public particulier et parfois dans l’illégalité. Au tournant du XXe siècle, certaines communes et provinces commencent toutefois à soutenir ponctuellement des activités d’éducation populaire. Les années suivant la Première Guerre mondiale connaissent un développement des politiques culturelles (bibliothèques publiques) et un essor des mouvements de jeunesse, dans un esprit de pacifisme, d’internationalisme et de plein air.

En 1918, le Parti ouvrier belge (POB) est pour la première fois associé au pouvoir, ce qui va rendre possible l’adoption de toute une série de législations favorables aux travailleurs et travailleuses. Dans la foulée de l’application de la Loi instituant l’instruction scolaire obligatoire jusqu’à 14 ans (Loi de 1914 mise en application après la Première guerre mondiale), en 1921, un Arrêté royal fixe un cadre de subventions pour les « œuvres complémentaires à l’école » (principalement des conférences). Ce texte visait avant tout la diffusion scientifique et culturelle, dans un esprit de « neutralité politique » mais constitue la première étape d’un financement des activités d’éducation populaire des adultes en Belgique.

C’est en 1921 également qu’entre en vigueur la Loi des huit heures de travail par jour, dans la perspective des trois huit (huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de loisir) ; ainsi que la nouvelle loi qui reconnaît les asbl et fondations, permettant ainsi leur reconnaissance légale et le développement du secteur associatif.

En 1929, la loi crée un Conseil supérieur de l’éducation populaire, chargé de coordonner et d’encourager les politiques en la matière, reflétant toutefois une vision paternaliste de « l’emploi utile et moral des loisirs » ouvriers.

L’après–guerre et l’essor socioculturel (1945–1970)

Après la Seconde Guerre mondiale, le projet d’accord de solidarité sociale conclu entre représentants des travailleurs et travailleuses et du patronat tend à confirmer tous les processus initiés durant l’entre-deux-guerres : concertation sociale, réduction collective du temps de travail, redistribution des richesses et nécessité de mettre en place une sécurité sociale généralisée et obligatoire, etc. Le secteur socioculturel se développe (jeunesse, loisirs culturels). On assiste à une continuation et un développement des organisations et associations d’éducation populaire.

En parallèle, le droit à la formation des travailleurs et des travailleuses est progressivement conquis. Les années 1960 voient l’émergence de politiques culturelles émancipatrices. En 1971, un Arrêté royal reconnaît les associations d’Éducation permanente (EP), subventionnant les structures plutôt que les seules activités. Ce texte consacre l’utilisation officielle du terme « éducation permanente » plutôt que celui d’« éducation populaire ». Aujourd’hui, certaines associations sont toujours reconnues et financées à travers cet Arrêté royal de 1971.

Un premier Décret pour l’Éducation permanente (1976)

À la suite de la première réforme de l’État belge (1970), une autonomie politique est conférée aux Communautés culturelles en matière de politiques culturelles. Le Pacte culturel est adopté (1973) afin de garantir la protection des minorités idéologiques et philosophiques et d’assurer le pluralisme dans la participation à la vie culturelle. Le Gouvernement de la Communauté culturelle française – soutenu par certains membres de l’Administration de la Culture, au premier rang desquels Marcel Hicter – adopte alors une série de décrets–cadres pour soutenir différents secteurs socioculturels dans une visée de démocratie culturelle.

Le Décret du 8 avril 1976 marque la première vraie reconnaissance, et les financements qui l’accompagnent, de deux types de structures actrices de l’Éducation permanente en Belgique francophone :

  • les organisations d’éducation permanente des adultes en général ;
  • les organisations de promotion socioculturelle des travailleurs.

Il établit également le cadre de définition de l’Éducation permanente dans son article 1er, dont l’essence est toujours d’actualité aujourd’hui. Ce texte confère une très grande autonomie d’action aux opérateurs reconnus et marque la volonté des pouvoirs publics de reconnaitre l’importance et la légitimité de contre–pouvoirs démocratiques organisés.

Un second Décret pour l’EP (2003)

Près de trente ans après l’instauration du Décret de 1976 et de la professionnalisation du secteur qui en a découlé, une évaluation et une réforme de ce texte conduisent à l’adoption d’un nouveau socle légal pour le secteur de l’Éducation permanente : le Décret du 17 juillet 2003.

Ce Décret de 2003 est toujours le texte en vigueur aujourd’hui. Lors de son adoption, il visait à rendre compte des évolutions et de la professionnalisation du secteur par l’introduction d’une logique de métiers à travers l’instauration des axes de reconnaissance. Le législateur entend également soutenir les associations qui portent des formes émergentes de contestation et de participation. Le nouveau cadre légal a également imposé une approche technique et comptable des activités réalisées par les associations (nombre d’heures, de réalisations, etc.).

Une réforme du cadre légal en 2018

Le cadre légal de l’EP sera précisé et modifié à plusieurs reprises depuis l’adoption du Décret de 2003, notamment à la suite de revendications du secteur contre des exigences quantitatives trop importantes et en vertu de l’obligation légale de procéder à des évaluations récurrentes du texte.

La dernière grande modification date des années 2018–2020. Après deux évaluations (2011, 2017), le Décret et son arrêté sont modifiés pour alléger les exigences quantitatives, sans les supprimer, et ramener la question du sens au centre de l’action des associations (décloisonnement des axes de reconnaissance via le principe de transversalité, obligation de réaliser une auto–évaluation de l’action, etc.). La réforme de 2018 contribue à réaffirmer le sens critique et émancipateur des actions d’éducation permanente et invite les associations reconnues à travailler dans l’ensemble du champ associatif.

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